Le village, l'accueil.

L'entrée de garage pompier: la station service

A l'entrée du village:
la fontaine et son préposé

Le village de Nder se résume à une trentaine de cases regroupées d'un coté de la piste, le long du lac de Guiers.
En face des habitations, de l'autre coté de la route, l'école.
Il n'y a pas d'électricité, en revanche, la proximité de l'usine de traitement des eaux de Gnit fait que le village dispose d'un point d'eau potable.
Cette fontaine organisée autour de deux robinets a son préposé permanent qui perçoit directement le paiement pour le précieux liquide:
10 francs cfa pour un seau, 20 pour une bassine.

Un village paisible

Tandis que les hommes sont aux champs, les femmes devisent en préparant le repas du soir, les enfants jouent.

Un village paisible

Les habitants du village vivent de la culture maraîchère
Grâce à l'eau du lac, la cultivateurs arrivent à faire deux récoltes par an à condition que les parcelles soient irriguées.
C'est pour financer l'aménagement d'une parcelle de deux hectares que nous avons été sollicités.
Pour l'irrigation, des travaux de terrassements doivent être entrepris:

  • Creusement d'un canal reliant le champ au lac, c'est de là que sera pompée l'eau
  • Nivellement du terrain en pente suffisante afin de permettre l'écoulement de l'eau dans toutes les parties de la parcelle
La moto-pompe qui remonte l'eau d'irrigation

Pape Lo devant la moto-pompe achetée par l'association

Le projet consiste également en l'achat d'une moto-pompe diésel qui remontera l'eau du canal et la fourniture des semences et de l'engrais pour la première récolte.
L'aménagement des parcelles est très ingénieux; la surface est divisée en platebandes séparées d'un muret de terre qui se transforment en autant de petits bassins qui sont alternativement recouverts d'eau grâce à un réseau de rigoles.
L'ensemble du financement représente 1500 Euros; tous les achats seront effectués auprès d'une coopérative soutenue par des aides internationales ce qui explique le coût relativement modeste de l'investissement en regard des travaux et matériaux engagés.

 

La moto-pompe qui remonte l'eau d'irrigation

La parcelle aménagée

Vu l'isolement du village, c'est Pape Lo qui a acheté le matériel et coordonné les travaux.
Grâce à l'implication du village et de l'école (tous les instituteurs ont trvaillés avec les enfants) ce projet a été relativement facile à faire aboutir.
Ca n'a été en fait qu'un problème de financement. De plus, c'est un projet pérenne, il suffisait d'un petit coup de pouce.
Depuis, à Nder, les élèves de l'école ont des cours d'agriculture, et bénéficient de légumes. Les revenus engendrés par la revente de la production sert à l'achat de fourniture pour les élèves et les enseignants.

La rencontre avec Nder

Le chef du village

Le chef du village

Passage obligé de tout visiteur « officiel » dans le village : la rencontre du chef de village.
Sa désignation au sein de la communauté se fait de façon traditionnelle sans que j’en connaisse exactement les modalités.
Son rôle est essentiel :
Il est à la fois le maire, le gendarme, le juge, le conseiller matrimonial, le notaire.
Le jour de mon arrivée, la communauté est en émoi: Le « fou » du village a agressé une femme...
Il est poursuivi dans la brousse par toute la population menée par une femme en colère.
Attrapé, mais non brutalisé, l'homme est présenté au chef du village; une assemblée se forme, un procès est organisé sur l'heure.

La femme en colère

La femme en colère

Visiblement, le forcené n'est pas responsable de ses actes, il n'empêche que des mesures de protection de la population sont nécessaires.
Les palabres s'engagent, puis, la décision tombe.... 4 jours d'isolement attaché dans une case.
Chacun rentre chez soi satisfait, le « fou » est confié à un des membres de sa famille.
C'est ainsi que fonctionne la justice au quotidien.

La poursuite du forcené

La poursuite du forcené

Ca n'est pas la première fois qu'on le « juge »; on m'explique qu'il va se calmer après quelques temps d'isolement; mais personne ne songerait à éloigner l'homme de la communauté.
En Afrique, il n'y a pas de rejet à l'égard des vieux ou des infirmes, bien au contraire, ils sont respectés et honorés; on leur prète même des pouvoirs magiques... et gare à qui maltraite un vieux.
C'est vrai que les Africains ont la chance de ne pas avoir de 3ème age, juste des vieux, pas d'handicapés, juste des infirmes, pas de SDF, seulement des pauvres ou des malheureux... les mots n'ont pas encore été passés à la moulinette de la bonne conscience.

Le Vieux du village

Réception dans la case du Vieux du village

Autre démarche rituelle : la visite au vieux du village.
Le « vieux du village » a un statut reconnu au sein de la communauté; il inspire le respect des plus jeunes et il est souvent consulté.
Il est le détenteur de la mémoire collective.
C'est évidemment un emploi précaire, et quelques mois après ma visite, il avait été détrôné... par un moins vieux.

Talla, Pape et moi sommes reçus longuement; le vieil homme est assis sur son lit.
Une jeune fille du village s'est vue confier l'unique tâche de veiller à son bien-être, et... elle est très fière de l'honneur qui lui a été fait.
Pape explique l'objet de ma visite, le projet de potager.
Ca lui plaît... c'est bon pour le village. Il se propose de m'offrir un champ que je pourrai équiper et exploiter pour mon compte.... je décline poliment...
J'ai droit ensuite à une longue bénédiction, pour moi, l'association, la France, l'Europe... bref... nous voila protégés jusqu'à la fin des temps.

Un accueil chaleureux

J'ai de la chance: ma première visite au village coïncide avec une grande fête religieuse, et de nombreux visiteurs sont attendus le lendemain.
Un boeuf est sacrifié pour l'occasion.

Préparation du repas

Préparation du repas : même les hommes sont mis à contribution

Exceptionnellement, le village sera électrifié. Une équipe de techniciens venus de Dakar s'affaire autour d'un groupe électrogène.
Un réseau d'ampoules électriques sillonne tout le village.
Il est 19 heures, je suis convié à diner en compagnie du Chef de village et de tous les notables.
La nuit tombe, on allumme des bougies, on discute tranquillement.
Au menu : du beuf, du yassa (compote d'oignons), du riz, de la semoule de mil.
Les électriciens continuent à courir partout; soudain, le groupe électrogène ronronne; une lumière blafarde et vacillante éclaire le village; de mémoire d'ancien, c'est la première fois...
Un des techniciens s'annonce fièrement devant notre assemblée; il attend les félicitations du chef...
Mais ce dernier lui lance un regard sévère et ordonne:
« Eteins cette lumière, ça me gène pour manger! »

L'instituteur

L'instituteur devant
son logement de fontion

Pour la nuit, Pape, le directeur de l'école, me prête son logement de fonction.
Il s'agit en fait d'une des deux salles de classe non utilisées.
L'aménagement est sommaire: un grand lit, un plus petit pour le jeune fils de la famille, deux chaises, une armoire; un coin cuisine rudimentaire a été aménagé.
Les deux autres instituteurs partagent la deuxième salle de classe vacante avec quelques journaliers qui travaillent dans les champs.
La vie est spartiate pour les enseignants de brousse. En fait, la brousse est le passage obligé pour tous les jeunes instituteurs qui ne peuvent prétendre à un poste en ville qu'après quelques années d'enseignement à la campagne.

La jeune institutrice

La jeune institutrice

Lors du voyage suivant, Fatou (présidente de Monsenegal à Dakar) m'accompagne.
Une toute jeune institurice vient d'être nommée... c'est son premier poste, elle n'est là que depuis quelques jours.
Nous sommes très étonnés de croiser une jeune femme en tailleur au milieu de nulle part...
Une case de 10 m2 un peu à l'écart du village lui a été affectée en guise de logement de fonction... elle la partagera avec Fatou.
Elle arrive de Saint Louis et la visite de Fatou lui remonte le moral qu'elle a bien bas.
Dur dur pour cette jeune citadine de se retrouver comme en exil; elle nous raconte son histoire; elle a les larmes aux yeux, la ville lui manque terriblement, et son amoureux aussi.

Suggestion... Les écoles de village sont pratiquement toutes construites suivant le même plan, souvent financées par des fonds provenant de l'aide internationale... ne peut on pas prévoir le logement de ces jeunes instituteurs ?

Epilogue

Le départ

Retour vers Dakar
Démarrage à la sénégalaise

Le village de Nder est loin de Dakar, et nous n'y sommes pas retournés depuis 2004.
Pour s'y rendre, un véhicule 4X4 est recommandé... Pour ne pas avoir suivi ce conseil, les 10 km de piste qui séparent Nder de Gnit ont eu raison d'une voiture genre Audi du siècle dernier que nous avions louée et que nous avons rendue avec quelques morceaux manquants.
Nous avons des nouvelles...
Le champ continue évidemment a être exploité; les instituteurs de même que le directeur de l'école ont été mutés.
Talla Lo est mort début 2007; nous pensons à lui et à sa famille.
Si votre voyage au Sénégal vous amène dans ce coin perdu (il semble que des touristes clients de certains circuits Nouvelles Frontières passent dans le village...), donnez-nous des nouvelles de Nder .